[RIHLA 2.0 : RÉCIT CROISÉ] – Maroc – JOUR 8

22 SEPTEMBRE 2015
17H – Rabat

Après notre week end Casablancais, nos visites se poursuivent à Rabat, la capitale du Maroc, la ville sérieuse et propre. Dans cette ville institutionnelle et policée, nous avons  d’abord voulu explorer le volet artistique et culturel à l’extérieur des murs.

Heureusement, Rabat est une ville qui s’y prête bien. C’est une ville dont on peut parcourir le cœur historique à pied et se balader à l’intérieur de l’enceinte d’une belle muraille orangée qui encercle une grande partie ville et date de la dynastie Almohade. A Rabat, le style colonial côtoie les arabesques et la droite et rectiligne avenue Mohamed V se jette dans une médina confuse et colorée.

Humans Of Morocco © Mehdi Drissi / Onorientour

Humans Of Morocco © Mehdi Drissi / Onorientour

Pour notre première journée dans la capitale, nous avons rendez vous avec Abderrahmane Amazzale, le gardien de la médina. Abderrahmane est un des 7 photographes à l’initiative Humans of Morocco, une page qui rassemble les portraits des Marocains dans leur diversité. Pour Abderrahmane, la médina est un vrai vivier d’inspiration, il y travaille lui même et la sillonne aussi régulièrement, à l’affût d’histoires à raconter et de personnages à présenter. Ce jour là, Abderrahmane sera notre guide dans l’enchevêtrement des ruelles r’batis. Saluant d’un regard tous les commerçants de la médina, Abderrahmane nous conduit de Souika à la Kasbah des Oudayas, avec plusieurs arrêts pour apprécier la beauté de l’ancienne ville et rencontrer ceux qui font vivre son âme.

Medina © Mehdi Drissi/Onorientour

Medina © Mehdi Drissi/Onorientour

En esquivant les nombreux passants, nous nous faufilons hâtivement dans les ruelles du souk, plein à toute heure de la journée. Dans une des rues perpendiculaires à la rue Souika, Abderrahmane attire notre attention sur l’architecture ancestrale de la ville, tantôt préservée et tantôt dévorée par une modernité importée et aliénante. Sur la façade de la bâtisse, le style « griffé » côtoie les fenêtres mauresques et produit un contraste tristement saisissant.

Au coin de ces rues que je connais bien, car j’ai grandi à Rabat jusqu’à mes 18 ans, un nouvel élément s’est aujourd’hui invité au paysage. Les herbes séchées et regroupées en petits blocs de foin jonchent aujourd’hui les rues pour nourrir les moutons de la fête de l’Aid, qui aura lieu quelques jours plus tard. Sur notre chemin, nous rencontrons d’ailleurs une bande de joyeux lurons qui en tirent poussivement un, certainement pour l’amener à son propriétaire. En déambulant dans la ville, nous traversons l’ancien quartier juif et passons devant de nombreux petits coiffeurs.  » Avant, la circulation de l’information passait par ces petites échoppes » nous raconte Abderrahmane. On y lisait magazines et journaux et discutait des heures durant de l’actualité au rythme des coups de ciseaux.

Medina © Mehdi Drissi/Onorientour

Medina © Mehdi Drissi/Onorientour

A Rabat, la culture se trouve davantage dans les lieux institutionnels , musées et les galeries qui se concentrent près de la mosquée Sunna et que nous avons prévu de visiter demain. Contrairement à Casablanca, à Rabat, la culture s’expose et se consomme plus qu’elle ne se fabrique. ll y a à Rabat une petite clientèle avide de culture mais encore trop peu de fabriques culturelles.

© Mehdi Drissi / Onorientour

© Mehdi Drissi / Onorientour

Dans la médina, c’est un autre type de culture que nous découvrons. »Il s’agit d’une culture de l’artisanat et des choses simples, dans lesquelles une véritable créativité s’exerce néanmoins. » déclare Abderrahmane. Pas loin de Bab Challah, une bande de gamins s’active autour d’un flipper entièrement confectionné par l’un d’entre eux.

« On s’amuse autant qu’avec un vrai »
lance effrontément son concepteur

Marina Rabat © Mehdi Drissi / Onorientour

Marina Rabat © Mehdi Drissi / Onorientour

Après la rue des consuls, notre ballade nous mène à la Marina flambant neuve. Puis nous montons à la Kasbah des Oudayas par le jardin andalous, où une bande de jeunes répète les paroles d’un guitariste à la voix douce et chantante. Nous avons alors le droit à une version arabe de « Marry You » de Bruno Mars dans laquelle se glissent de nombreuses références marocaines qui font sourire « Khellini nkhteb bentek a 3emi » (laisse moi demander la main de ta fille) ou « njiblek tbassel taouss » (faisant référence à un type d’assiettes décorées par des paons que l’on réserve aux grandes occasions). La deuxième chanson qu’entonnera le jeune homme étant algérienne, Mehdi dégaine alors son appareil à toute vitesse.

A quelques pas du jardin, nous passons par le café maure à la vue imprenable sur le Bouregreg et aux gâteaux succulents. De là, nous remontons jusqu’au large mirador qui donne la plage de Rabat, en passant par la galerie Nouiga. L’âme de Rabat se trouve là : dans les vieilles ruelles entremêlées qui s’ornent à présent d’un street art encore timide.

Medina © Mehdi Drissi / Onorientour

Medina © Mehdi Drissi / Onorientour

Petit à petit, la modernité s’empare de  cette ville historique et administrative qu’est Rabat, comme avec Jidar, projet de street art XXL qui a transformé certaines façades de Rabat en spectacle vivant. Le défi étant d’en préserver l’authenticité tout en l’adaptant à l’esprit de la jeunesse r’bati.

Sur le chemin du retour par l’ancienne ville, nous passons les portes de D’art Louane, riad dédié aux arts sous toutes les formes et construit à l’intérieur de Souika pour renforcer les interactions avec l’âme de Rabat et ses habitants. Entre authenticité et modernité, Rabat s’ouvre de plus en plus aux initiatives culturelles dans leur diversité qui fleurissent dans une ville pétrie de paradoxes.

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