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octobre 2015

Amina Abdellatif (Amoniak), parcours d’une influenceuse

By | #Onorientour, Achkal (Arts visuels), Non classé, RihlaBlog_, Tour | No Comments

En se baladant dans le salon d’Amina, on trouve une plaque de Tahrir Square, des affiches de films égyptiens et les sacs en bandoulière des Harakat sisters. Cet univers Arab Vintage est le fruit de ses multiples allers retours entre l’Egypte et le Liban, deux pays desquels elle est tombée amoureuse au cours de ses voyages.

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Ymen Berhouma, pastel d’émotions

By | Achkal (Arts visuels), Non classé, RihlaBlog_, Tour | No Comments

Dans son atelier de la Marsa, Ymen Berhouma trouve la solitude nécessaire pour coucher ses inspirations sur des toiles disposées à même le sol. Sa technique, elle l’a acquise en autodidacte et son art, telle une thérapie, lui permet d’extérioriser les agitations de son âme.

Elle nous reçoit dans ce charmant espace où les tableaux tapissent les murs des différentes pièces et où le patio se prête à une conversation décontractée.

Ymen Berhouma © Mehdi Drissi

Ymen Berhouma © Mehdi Drissi

À la lisère du figuratif

Sur la gauche se trouve une pièce entièrement jonchée de papier-journal et de tubes de peinture acrylique. L’espace de travail d’Ymen reflète le mystère de la création artistique. À la vue de ses multiples matériaux, on ne se lasse pas d’imaginer ces instants d’illumination qui amènent l’artiste à réaliser ces tableaux vibrants d’émotions.

Ymen Berhouma © Mehdi Drissi

Ymen Berhouma © Mehdi Drissi

Les silhouettes frêles et désenchantées d’Ymen apparaissent sur la toile par un acte de déchirement les dévoilant. L’acheminement est particulier et vogue d’abord dans l’expression abstraite, avant que n’apparaissent, par surprise, les ombres que les pigments viennent animer.

En effet, son travail est au carrefour entre peinture et collage. Elle aborde ses toiles horizontalement par les quatre coins-d’entrée et sans réflexion préalable, coupe, assemble, dessine et peint ce que son âme lui suggère. Ses chuchotements internes, sublimés par des formes et des couleurs, donnent naissance à des êtres agames (dépourvus d’organes sexuels) et dont la solitude est perceptible.

© Mehdi Drissi

© Mehdi Drissi

Lieu d’inspiration

Venue à la peinture après quelques ateliers suivis sans assiduité, Ymen s’est d’abord faite remarquer grâce à ses talents de styliste et designer , qui lui ont rapidement permis de rencontrer d’autres artistes.

Ciseaux et pinceaux en main, elle se distingue par un travail pictural mixte et très personnel, qui a déjà fait l’objet de plusieurs expositions individuelles.

Dans la pièce du fond de l’atelier, on découvre un espace aménagé en chambre d’accueil. Bureau, lit et armoires sont agencés pour accueillir les amis et proposer une retraite forcément stimulante aux artistes de passage. Accrochés aux murs ou entreposés sur des livres, des tableaux de diverses provenances enchantent les lieux. Une collection d’artistes prometteurs, qu’Ymen avoue constituer en faisant du troc, au gré de chacune de ses nouvelles rencontres marquantes. Mohamed Ben Slama ou encore Halim Karabiben sont tous passés par la maison et y ont laissé leur trace.

Pour ces futurs projets, Ymen souhaite explorer de nouveaux médiums. Outre les cours de tricot qu’elle prends actuellement, ses mains se frottent pour modeler l’argile et préparer une prochaine installation. Son expérience avec la sculpture ne date d’ailleurs pas d’hier. Son expression est le fruit d’un va-et-vient permanent entre la peinture et la sculpture; une alternance garante de ressourcement pour sa créativité.

 

Hela Ammous, allégorie du fragment

By | Achkal (Arts visuels), Non classé, RihlaBlog_, Tour | No Comments

Derrière sa nature calme et son sourire serein, Hela cache un fort caractère, que trahit l’esthétique de ses œuvres. Artiste engagée, usant de divers supports, Hela saisit des moments de vie présents et à invite à travers ses oeuvres à en faire une lecture critique.

À tout juste 13 ans, le don de la jeune Hela pour la peinture est en plein épanouissement. D’ateliers en ateliers, elle finit par se consacrer à sa passion et rejoint les beaux-arts de Tunis. Durant son cursus, elle s’intéresse à « l’actualité de la guerre du golfe en art contemporain » avant de mener une thèse sur « le quotidien et le fragment comme support de création artistique ». Des bancs étudiants au pupitre professoral, elle enseigne à présent l’expression plastique et le dessin à l’unique école d’architecture du pays, celle de Sidi Bou Saïd.

Hella Ammous © Mehdi Drissi

Hela Ammous © Mehdi Drissi

Le quotidien : un point de départ

Sa recherche du détail et ses hautes exigences lui valent une réputation de professeur de fer, mais c’est cette recherche de la finesse dans la création qui lui permet d’évoluer vers un rendu esthétique épuré et pourtant chargé de sens.

Des éléments de son environnement proche, Hela puise ses inspirations.

Elle utilise des éléments ordinaires de son quotidien et réussit par un acte de sublimation à leur donner une nouvelle lecture. Son approche pleine de sensibilité confère de la pureté aux objets confectionnés.

Doté d’une grande qualité plastique, son travail résume de manière abstraite des bribes de la vie tunisienne. Qu’il s’agisse de dessin contemporain, de photos zoomant sur des textures, d’autres éléments graphiques ou d’installations monumentales, Hela reste fidèle à sa démarche réflexive et s’éloigne des attentes picturales en matière de « traitement de la Révolution ».

Sa forte conscience politique l’a amené à présenter des travaux critiques et contestataires bien avant les évènements de 2011. Son installation au titre expressif « la vie est ailleurs » a fait l’objet d’une censure. L’oeuvre représentait des fleurs (réelles) suspendues par des matières rigides comme du fer au dessus d’un vase plein d’eau. Vues d’en face, les fleurs qui surplombaient le récipient semblaient tirer leur éclat du liquide vital contenu dans le vase, mais dès que l’on changeait de point de vue, l’on s’apercevait que la réalité était autre.

Outre le vase, d’autre objets simples interviennent dans son univers artistique et interpellent le public sur le regard communément non-porté sur le quotidien, comme un fragment de vie et pourtant un élément constitutif d’une histoire. Parfois même de celle d’un peuple…

La création : un outil politique

Hela a fait ses premiers pas dans la peinture à l’huile et confirme son attachement indélébile à cette discipline qui lui procure un sentiment d’envol. Les idées qu’elle développe lui viennent d’ailleurs, au moment même où elle actionne son pinceau.

Lors de la Révolution, sa volonté d’interagir avec la société se fait plus tenace. En prenant part aux manifestations et aux sit-in, la question de l’apport de l’artiste à la situation vacillante du pays la taraude . C’est alors qu’elle s’engage dans la réalisation d’installations et use de l’art et du beau pour agiter les consciences et exprimer son espérance.

Lassée de voir les vernissages de ses expositions personnelles fréquentés par les mêmes catégories socio-culturelles, elle s’implique dans divers projets pour insérer ses créations dans l’espace public.

Dans le cadre des activités de l’association 24h d’art contemporain, Hela présente son installation mobile « ballet ». Les deux journées de la manifestation « bye bye bakchich système » ont été placées sous le thème de la « lutte contre la corruption » dans les rues de la ville natale de Ben Ali, Sousse.

Une véritable œuvre polysémique qui ne manquera pas d’attirer la curiosité des nombreuses personnes. Sa taille imposante (6m/3) et la chorégraphie menée par les 216 balais suspendus forçait l’arrêt des passants. Ils profitaient du spectacle qu’offrait l’installation : un mouvement de montées et de descentes de ces 216 ustensiles, censés balayer la corruption sans jamais toucher le sol.

La forme de l’installation, le nombre de balais et l’enchevêtrement des fils, n’était pas sans rappeler le théâtre de la constituante tunisienne.

Ballet © Hella Ammous

Ballet © Hela Ammous

Face au succès de cette première partie, Hela met en place un « Balai citoyen » pour renforcer l’implication d’intervenants tiers dans le processus créatif. En les invitant à rédiger un message qu’ils souhaiteraient communiquer aux dirigeants, l’artiste incite à la réflexion un public pas toujours ouvert au débat.

Interrogeant la réalité, le vécu et le social, son œuvre reste éminemment politique et continue de questionner, de proposer des pistes… Sans se figer, elle laisse libre cours à l’interprétation.

Affectées par les soubresauts de l’actualité tunisienne, les créations de l’artiste sont une réponse à la succession de chocs que le quotidien amène. Quand Hela apprend à la radio l’assassinat du militant Chokri Belaid en février 2013, son malaise est imminent. « Je ne suis pas dans mon assiette », avait-elle dit à sa fille en apercevant soudainement le reflet de l’homme politique dans l’assiette qu’elle tenait entre ses mains.

Son reflex est naturel. Hela se saisit de sa palette et replace le portrait de Chokri près du creux de l’objet en porcelaine. Si l’étymologie latine du récipient « assedere » désigne le verbe « s’asseoir », Hela a rendu à l’objet son sens en tentant d’y insérer des profils qui y trouvaient un équilibre différent.

« Je ne suis pas dans mon assiette » devient une installation-mosaïque formée de 49 portraits de tunisiens de tous bords qu’on remarque différemment selon l’angle où l’on se place. L’assiette de Hela, peinant toujours à trouver son équilibre, reste quant à elle vierge de représentation.

« Je ne suis pas dans mon assiette » © Hella Ammous

« Je ne suis pas dans mon assiette » © Hela Ammous

La Maison de la plage : Mystère, art et poésie

By | Amakine (Lieux), Non classé, RihlaBlog_, Tour | 2 Comments

Des maisons blanches et bleues, un lit de sable et l’infini marin. Tel est le tableau qui s’offre à nos yeux pour notre deuxième journée dans la capitale tunisienne. D’un tableau à l’autre, nous sommes accueillis par Hajer Azzouz dans sa « maison de la plage » où trônent, suspendues, des photographies en noir et blanc qui débordent de subtilité.

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Mizrap, le mariage musical tuniso–turc

By | Alhane (Musique), Non classé, RihlaBlog_, Tour | No Comments

L’une de nos premières rencontres en Tunisie est placée sous le signe de la musique. Nous faisons en effet la connaissance de la bande à Ahmet Baglama et son groupe Mizrap le jour même de l’enregistrement de leur premier single « Slave of Wishes ». Plongés dans une ambiance où la tabla turque épouse les rythmes tunisiens, nous découvrons l’univers musical éclectique de Mizrap, au détour d’une conversation sur les mélanges entre les cultures en Tunisie et ailleurs.

Lancé sur le sujet, Ahmet, le chanteur et fondateur de Mizrap, s’exalte avec émotion :

« La culture turque est un héritage qui fait partie intégrante de la Tunisie, qui a été oublié avec la colonisation française »

« Les turcs sont restés plus de quatre siècles en Tunisie et ont apporté plein de choses qui s’expriment subtilement  dans la musique, la langue ou la cuisine. Des sefsaris en soie dans l’habillement à la halwa, la Baklawa et le Bachkoutou dans l’art culinaire ou encore le « Amane » soupirant de supplication dans les conversations ; les influences turques se ressentent dans le quotidien des tunisiens, sans même qu’ils ne s’en rendent toujours compte. »

Mais ce qui intéresse tout particulièrement Ahmet, c’est la traduction musicale de ce legs.

« Il y a un accent particulier dans la musique tunisienne qui vient justement de la technicité turque. On le retrouve par exemple dans les traditions musicales des mariages qui consacrent le becheref, la lunga et le samaï »

Et d’ajouter, « l’esprit turc parle directement au cœur, c’est pour cette raison que j’ai voulu sortir cette lunga traditionnelle qui est présente dans notre culture et l’amener vers du jazz et d’autres sonorités du monde pour faire connaître sa splendeur. »

De Tunis à Istanbul, puis d’Istanbul à Tunis

Après avoir grandi à Tunis entre deux cultures, Ahmet Baglama s’en va nourrir en Turquie la passion pour la musique qui le hante depuis tout petit.

Là-bas, il étudiera la musicothérapie à la Istanbul Technical University dans la perspective d’utiliser les instruments traditionnels turcs comme le baglama ou la tabla pour apaiser les âmes. Curieux et discipliné dans sa pratique musicale, Ahmet maitrisera très vite les instruments turcs et ira même puiser dans le patrimoine indien pour compléter son apprentissage. Accompagné et conseillé par la célèbre Anoushka Shankar, Ahmet se formera à la cithare indienne et ses multiples autres expériences lui donneront envie de se réapproprier cet immense héritage et de le transmettre aux nouvelles générations.

Après son diplôme, il y a trois ans, Ahmet rentre à Tunis avec la volonté de monter un groupe qui puisse donner corps à cette fusion musicale qui lui était chère. Malgré les quelques difficultés que le jeune homme rencontre pour son projet, Ahmet finit par réaliser ses objectifs en fondant Mizrap.

Mizrap, la genèse d’une fusion culturelle

En turc, le Mizrab (مظراب en arabe) est une petite pièce souvent utilisée pour frapper les cordes de la sitar. Mizrap nait donc d’un jeu de mots à partir du terme, illustrant la volonté d’accorder les esprits sur la nouveauté et la richesse du patrimoine culturel en les détournant de ce qu’Ahmet désigne « d’esprit Rotana, vide de sens et de musicalité ».

Amani et Atef en studio © Mehdi Drissi

Amani et Atef en studio © Mehdi Drissi

Lorsqu’on écoute la nouvelle composition du groupe, on y retrouve un souffle particulier, à mi-chemin entre Orient et Occident. Mizrap marie, en effet, des rythmes occidentaux funk avec instruments indiens, turcs et tunisiens. On a donc affaire à un mille feuille de sonorités : des rythmes occidentaux dans l’accès de la batterie et le groove du bassiste, une touche spirituelle avec le gambri et les influences gnawa et stambali et, enfin, une touche classique avec le piano et les chants lyriques baroques qui se superposent au tout.

C’est donc autour de cet éclectisme musical que se construit le groupe. Ce jour-là, nous sommes présentés à l’équipe au complet. Dans Mizrap, il y a Atef Bey, chanteur d’opéra baryton, Amani Bentara chanteuse d’opéra soprano, Ziad Lakoud à la guitare basse, Lotfi Soua aux percussions, Wajed Belahssan à la batterie, Tuyoka Azayès pianiste japonaise et Ahmet Baglama.

© Mehdi Drissi

© Mehdi Drissi

Présentations faites, nous découvrons le single en plein enregistrement qui vient charmer nos oreilles curieuses du résultat d’une fusion des quatre coins du monde. Sur un tapis de musiques aux multiples influences, Amani et Atef entonnent un chant lyrique qui mélange opéra et « Zaghrouta » (désignation tunisienne du youyou). La fusion instrumentale fait écho au mélange des paroles et le tout se trouve sublimé par un texte d’une rare poésie.

« أمي شتهاتني و بابا حبل بيا, طاوس رباتني في نخلا علالية يغر بيك ولد السلطان كيف ما غر بيا »

C’est l’histoire d’un homme qui a mangé une pomme et se retrouve à porter un enfant qu’un paon élèvera ensuite dans un grand palmier. Le message que Mizrap délivre à travers ces paroles reste subtile et se lit entre les lignes. Derrière la déconstruction des codes des genres et de l’éducation que suggère le poème, se cache, tapi, un message multinational, qui veut briser les frontières entre les cultures et les pays.

Aujourd’hui, Mizrap nous confie arriver plus facilement à mettre l’influence turque au goût du jour, grâce aux séries télévisées qui circulent et rendent la culture plus facilement identifiable par les populations. Le défi se situe néanmoins au niveau de l’élévation de cet héritage qu’on partage dans des domaines plus riches comme la musique ou le chant. Plein de projets et d’enthousiasme, le groupe nous réserve moult surprises et découvertes musicales ainsi qu’un vidéo clip du single « Slave of Wishes » prévu pour l’année prochaine.