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novembre 2015

[RIHLA 2.0 : RÉCIT CROISÉ] – EGYPTE – JOUR 21

By | Non classé, Rihla, RihlaBlog, RihlaBlog_, Tour | No Comments

 16h30 – Korba

Heliopolis est un quartier où il fait bon vivre. On séjourne à quelques pas du palais présidentiel Kasr Al Ittihadiya قصر الاتحادية, ancien palace transformé en palais présidentiel. Au vue de la sécurité qui règne dans la région, nous n’arrivons pas à imaginer que ce même passage qu’on traverse au quotidien pour rejoindre la rue Baghdad a aussi été le théâtre d’affrontements entre des manifestants anti-Morsi et les forces de l’ordre. Passons. Je ne m’attarderai pas sur les faits politiques qui ont secoué les rues cairotes et qui continuent d’agiter l’esprit de ses populations, même si rares sont les conversations sincères qui font l’impasse sur les épisodes troublants qui ont rythmés la vie égyptienne ces dernières années.

Distinguées et animées, les rues d’Heliopolis pullulent de magasins, cafés et restaurants en tout genre et font le plaisir des consommateurs. La nuit, l’Egypte ne dort pas. Ses lumières artificielles ne s’éteignent que quand les lueurs naturelles apparaissent et que le soleil pointe. A peine, nous réussissons à dormir après l’excursion prenante de la journée, qu’une voix de femme stridente nous réveille. Sonnée, je marche machinalement telle une somnambule vers la fenêtre. Notre chambre, avec Hajar, donne sur la cour d’une école pour filles qui, avant de rejoindre leur salle de classe répondent à un rituel stricte. Chaque matin, un groupe d’écolières est choisi pour présenter un talent particulier : récital de poésie, lecture coranique, charades… tout se fredonnait sur un air scolaire monotone.

La chef d’orchestre, responsable de l’animation des passages et d’appliquer l’ordre et le silence dans les rangs de ce groupe de jeunes filles pré-pubères , répondait à un archétype particulier. Celui de la prof de sport que l’on ne voit jamais descendre au terrain. Celle qui est bonne à donner des ordres et dont la menace du  regard ainsi que le ton de la voix suffisent pour motiver des inaptes à participer au triathlon. J’enfonce mes boules Quies et en une fraction de seconde, j’ose croire le calvaire fini quand soudain une musique plus forte retentit des baffles installées aux quatre coins de la cour. C’est le temps de chanter en chœur l’hymne national. Nous n’avons plus besoin de programmer différentes alarmes pour être sûres d’être debout, durant notre séjour cairote, la troupe philharmonique du quartier nous réveille en fanfare :

Toute ambition de jouir d’une grasse matinée étant évaporée, nous profitons des matinées pour écrire ou flâner dans le voisinage. La grande majorité de nos rendez-vous nous proposait des rencontres assez tardives et nous finissons par adopter le rythme égyptien. Pour aller savourer un café turc à la bibliothèque Diwan, j’ai pu traverser la longue avenue de la Ourouba. Allée infinie qui se divise en trois parties et change de noms en fonction du quartier qu’elle coupe. Je marche une bonne dizaine de minutes après avoir dépassé le palais du Baron Empain, et découvre les demeures somptueuses qui se succèdent sur mon passage avant de rejoindre le concept-store. Partout dans les grandes villes, certaines maisons d’édition possèdent des bibliothèques avec des espaces dédiés à un service de restauration et y organisent parfois des événements.

Cette partie de la ville est aussi connue pour être Masr Al Gadida, ou le nouveau Caire. Verte et paisible, elle résumait un art de vivre typiquement chic qui régnaient des années 40 aux années 60 dans l’Egypte d’autrefois. Les anciens habitants du quartier sont tous nostalgiques de l’élégance des passants, des dimanches matin à l’hippodrome ou encore du métro aérien et de ses musiciens. Une ambiance détendue assez particulière dont on ressent les effluves encore aujourd’hui et que résume si bien le jeune réalisateur Ahmed Abdalla dans son film Heliopolis:

Moseqar, maestro des volutes électroniques

By | #Onorientour, Alhane (Musique), Non classé, RihlaBlog_, Tour | One Comment

C’est dans le studio de Bilo Hussein, photographe égyptienne basée à New York, que Mohamed Ziena nous donne rendez vous pour son interview.
Accueillis au 4ème étage d’une belle bâtisse de Zamalek avec vue sur le Nil, nous sommes plongés dans l’univers acidulé de la jeune fille où trônent des objets design et de vieilles affiches de films.
Assis dans un canapé avec une vue plongeante sur la rivière mythique ; nous avons face à nous un personnage au style digne d’un dandy parisien : barbe hipster et petit tee shirt décoré de roses.
Ce jour là, le jeune homme est accompagné par Hussein , son ami d’enfance qui l’encourage depuis toujours à partager son inclination pour la musique avec un public plus large.
Mohamed Ziena, nom de scène : Moseqar, est un architecte de formation qui nourrit une forte passion pour la musique depuis sa tendre enfance.

En parlant de son nom de scène, Mohamed évoque cette forte appartenance à l’Egypte qu’il entretiendra durant son parcours personnel et qui trouve aussi des échos dans sa musique. Moseqar signifie « maestro » en arabe et il l’a choisi pour rendre hommage à cette identité arabe qui lui est si chère. Né au Caire, Mohamed vit une bonne partie de sa jeunesse au Canada, où sa famille s’installe pour quelques temps. Il revient ensuite au Caire et y poursuit ses études avant d’y effectuer récemment son service militaire. Depuis son enfance, Mohamed aime le dessin et les expérimentations musicales en tout genre :

« Je n’ai jamais vraiment eu de formation académique en musique. J’ai toujours joué ce qui me plaisait. A 13 ans j’ai rejoint un groupe et on faisait des concerts au lycée, on enregistrait des CD et on les distribuait aux gens. A l’époque, les réseaux sociaux n’existaient pas, donc il fallait trouver des moyens créatifs de toucher le public. »

Moseqar © Mehdi Drissi

Moseqar © Mehdi Drissi

De la passion au métier

Peu à peu, Mohamed se met en quête de son style musical et se découvre une passion pour les remix. Il n’a pas de genre privilégié pour ses choix de musiques à remixer et pioche aussi bien dans le hip hop et la house que la musique électronique et le dub step.
Dans un premier temps, ses essais musicaux le portent sur des musiques aux sonorités occidentales et il se fait remarquer d’artistes comme Zoey Phillip ou Tusk.

Au fur et à mesure qu’il partage de plus en plus de remixes, il se fait retweeter et encourager par la sphère musicale de soundcloud et est contacté par KALEAN ou Palm Therapy pour produire des mix.
Il collecte ensuite plusieurs distinctions à partir de 2011, et gagne le premier prix du « Laboratorium contest » organisé par « Egyptian producers » pour détecter les nouveaux talents musicaux de la scène égyptienne. Le vote était en effet ouvert a un public qui n’est pas resté insensible aux sonorités cristallines et subtilement enjouées de Moseqar.
Prenant confiance dans sa capacité à produire de la musique, Moseqar se dote alors d’un vrai matériel et abandonne le clavier qui lui servait d’outil principal pour créer.

Il se penche aussi de plus en plus vers des sonorités orientales et se met à tenter des mélanges aussi improbables que le dialogue musical entre The Notorious BIG et OUM KELTHOUM. A l’image de sa propre identité, à cheval entre deux rives, la conversation musicale coule de naturel et nous porte d’une phase d’apostrophes amourachées à une querelle amoureuse entre les deux titans musicaux.

A la recherche de son style perdu

Ces différents buzz musicaux conféreront à Moseqar une petite notoriété qui se concentre entre les Etats-Unis et l’Egypte. Ces deux pôles qui l’inspirent dans sa musique, ont également trouvé des échos dans le cœur du public des deux contrées. Le musicien enregistre ensuite une playlist « Moseqar X Originals » compilant dix titres de son propre cru et une autre playlists de sept titres : « Cafe Sessions ». Plus franchement orientales, ces compositions sont une échappée musicale pour l’artiste qui découvre aussi sa propre identité à travers chacune de ses expérimentations.

La playlist rassemble des titres qui véhiculent les vibrations des instruments comme si la musique émanait d’un café, avec des sonorités instrumentales décuplées et la sensation de vivre la musique en petit comité, au cœur des volutes de cafés fumants. L’une des réinterprétations les plus saisissantes est sans conteste « Someone like you d’adèle », pour laquelle Mohamed nous confie avoir eu un réel coup de foudre :
« je me souviens comme si c’était hier. J’écoutais la chanson d’Adèle et j’ai eu une étincelle, une illumination. Je me suis dit que l’essai musical serait difficile mais j’avais envie de prendre le risque. »
Et d’ajouter : « A ma grande surprise, le titre a énormément buzzé, c’est à ce moment là que j’ai commencé à être reconnu comme Moseqar. »

Dès lors, Mohamed se concentre sur l’amélioration de sa technique et produit de plus en plus de musique originale. Grâce aux réseaux sociaux, de grands noms comme Toby Lightman ou Banks se mettent alors à partager ses remix et ses compositions musicales et à en apprécier l’originalité orientale de plus en plus mure.
C’est dans ce cadre que naît chez Mohamed la volonté de créer une histoire à travers cinq titres originaux qui « t’emportent dans un tout autre univers ». Après cette période passée à écouter, marier et réinterpréter les musiques qu’il aime, Mohamed est maintenant au stade de la composition pure. Sa formation d’architecte et sa sensibilité pour les arts visuels se retrouve aussi dans l’identité visuelle qu’il crée lui-même pour accompagner sa musique. A la fois pyramidale, épurée et traversée de nuées azur, Moseqar a crée un univers qui lui ressemble. Nous repartons d’ailleurs ce jour là avec deux posters d’Oum Kalthoum et Abdelhalim customisés par ses soins.
Le jeune homme nous confie se sentir très redevable aux réseaux sociaux et à soundcloud en particulier de lui avoir permis de partager sa musique et de se nourrir de celle des autres.

Créations Moseqar © Mehdi Drissi

Créations Moseqar © Mehdi Drissi

Du virtuel au réel

Moseqar a récemment participé à Cloud 9, festival de musique électronique underground organisé à Nuweiba au Sinaï et qui a réuni des grands noms de la région MENA comme Abdullah Youssef, Telepoetic, Za’ed Na’es, Nada El Shazly ou Maii Waleed. Le jeune artiste a également mixé à l’occasion d’une performance improvisée dans un vieux café à Dahab. Actuellement, Mohamed prévoit une série de concerts à l’ambiance intimiste pour réaliser sa transition du virtuel au réel en douceur. Le premier de la série a eu lieu le 7 novembre au Balcon Helopolis et l’engouement du public était de bonne augure pour la suite de la carrière du musicien.

[RIHLA 2.0 : RÉCIT CROISÉ] – Jour 19 Tunisie

By | Non classé, Rihla, RihlaBlog_, Tour | One Comment

21h00 La Marsa – Banlieue nord de Tunis

Notre horloge biologique déréglée et la ponctuation intensive de nos journées par mille et un rendez-vous, nous font oublier le sens du terme week-end ou de vacances. (Notre horloge biologique déréglée et nos journées intensives, ponctuées de mille et un rendez-vous, nous font oublier le sens des mots « week-end » ou « vacances ».) Au fil des jours, nous apprenons à nous connaître dans cette espèce de collocation mobile qui tente de se trouver de nouveaux repères au bout de chaque quinzaine de jours (Au fil des jours, nous apprenons à nous connaître dans cette espèce de collocation mobile dont les repères se renouvellent chaque quinzaine de jours) . Être sur la route nous apprend aussi à nous détacher. Nous vivons des moments vrais et sincères en compagnie de nos guides du moment, qui nous aiguillent et que nous finissons par adopter dans l’équipe le temps de notre séjour dans leur pays. Des amitiés éclosent et avant l’épuisement de leur nectar, notre saison d’émigration survient et nous nous envolons butiner dans un champ voisin.

 

Le rétroplanning soigneusement mis au point avant notre départ se voit parfois modifié pour être à l’écoute des nouvelles propositions que l’on nous suggère. Ce dimanche là, nous interrompons notre petite retraite à Hammamet pour assister à la première exposition personnelle de Rand El Haj Hasan.

La jeune jordanienne d’origine palestinienne que nous avons croisée à la Maison de la plage était en résidence de création depuis un mois à Tunis. Architecte de formation et dessinatrice par passion, elle s’est laissée séduire par le charme apaisant du quartier de la Marsa pour tracer, au quotidien, un journal de bord authentique. Ce soir dominical, elle nous a donné rendez-vous au café culturel de l’Agora pour se dévoiler lors d’un vernissage solennel.

© Mehdi Drissi

© Mehdi Drissi

Le trajet depuis Hammamet jusqu’au centre de l’ancien faubourg punique nous prend un peu de temps. Nous descendons du taxi en pressant le pas, tout en humant l’odeur mielleuse, mais pour le moins toxique, des narguilés aux pommes dont sont remplies toutes les terrasses de cafés que nous croisons sur notre passage.

Au croisement des chemins de cette ville aux allures chics, entre des villas drapées de chaux blanches et chaussées de portails en bleu ocre, l’Agora a élu domicile. Haut lieu de culture et de proximité, il propose différentes activités. Colloques, signatures de livres et conférences animent ses différents espaces. Tel un véritable théâtre vivant, on y rencontre des habitués du café littéraire, des cinéphiles à la salle de projection et des esthètes à l’espace d’expositions. Ce dernier accueille Ayaam ايام, l’exposition de Rand El Haj Hasan jusqu’au 9 novembre.

© Mehdi Drissi

© Mehdi Drissi

Ayaam, ou les dessins du quotidien, est une ouverture sur le monde tel qu’imaginé par Rand. Un petit aperçu de ses expériences journalières qu’elle sublime d’un trait subtil et précis. 365 illustrations, de petits et grands formats, au nombre et au gré des journées écoulées lors de cette dernière année. Son encre noire marque sans couler de trop, créant à son passage une voltige aérienne qui envoûte l’œil. Des cadres qui regorgent de finesse et de poésie que l’on a eu plaisir à découvrir.

La discussion qui s’en suit avec la jeune artiste nous fait voyager jusqu’à Amman, la cité rose-rouge au coeur artistique battant. Amman, que l’on fantasme en fredonnant des airs de Fairouz, est que Rand nous décrit « vibrante et favorable à la rêverie ». En se gardant d’attirer une armada de pèlerins étrangers, la capitale du royaume hachémite conserverait une belle âme. Une conversation brève mais qui n’a pas manqué de nous donner une forte envie d’y aller…