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Achkal (Arts visuels)

Amina Abdellatif (Amoniak), parcours d’une influenceuse

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En se baladant dans le salon d’Amina, on trouve une plaque de Tahrir Square, des affiches de films égyptiens et les sacs en bandoulière des Harakat sisters. Cet univers Arab Vintage est le fruit de ses multiples allers retours entre l’Egypte et le Liban, deux pays desquels elle est tombée amoureuse au cours de ses voyages.

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Ymen Berhouma, pastel d’émotions

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Dans son atelier de la Marsa, Ymen Berhouma trouve la solitude nécessaire pour coucher ses inspirations sur des toiles disposées à même le sol. Sa technique, elle l’a acquise en autodidacte et son art, telle une thérapie, lui permet d’extérioriser les agitations de son âme.

Elle nous reçoit dans ce charmant espace où les tableaux tapissent les murs des différentes pièces et où le patio se prête à une conversation décontractée.

Ymen Berhouma © Mehdi Drissi

Ymen Berhouma © Mehdi Drissi

À la lisère du figuratif

Sur la gauche se trouve une pièce entièrement jonchée de papier-journal et de tubes de peinture acrylique. L’espace de travail d’Ymen reflète le mystère de la création artistique. À la vue de ses multiples matériaux, on ne se lasse pas d’imaginer ces instants d’illumination qui amènent l’artiste à réaliser ces tableaux vibrants d’émotions.

Ymen Berhouma © Mehdi Drissi

Ymen Berhouma © Mehdi Drissi

Les silhouettes frêles et désenchantées d’Ymen apparaissent sur la toile par un acte de déchirement les dévoilant. L’acheminement est particulier et vogue d’abord dans l’expression abstraite, avant que n’apparaissent, par surprise, les ombres que les pigments viennent animer.

En effet, son travail est au carrefour entre peinture et collage. Elle aborde ses toiles horizontalement par les quatre coins-d’entrée et sans réflexion préalable, coupe, assemble, dessine et peint ce que son âme lui suggère. Ses chuchotements internes, sublimés par des formes et des couleurs, donnent naissance à des êtres agames (dépourvus d’organes sexuels) et dont la solitude est perceptible.

© Mehdi Drissi

© Mehdi Drissi

Lieu d’inspiration

Venue à la peinture après quelques ateliers suivis sans assiduité, Ymen s’est d’abord faite remarquer grâce à ses talents de styliste et designer , qui lui ont rapidement permis de rencontrer d’autres artistes.

Ciseaux et pinceaux en main, elle se distingue par un travail pictural mixte et très personnel, qui a déjà fait l’objet de plusieurs expositions individuelles.

Dans la pièce du fond de l’atelier, on découvre un espace aménagé en chambre d’accueil. Bureau, lit et armoires sont agencés pour accueillir les amis et proposer une retraite forcément stimulante aux artistes de passage. Accrochés aux murs ou entreposés sur des livres, des tableaux de diverses provenances enchantent les lieux. Une collection d’artistes prometteurs, qu’Ymen avoue constituer en faisant du troc, au gré de chacune de ses nouvelles rencontres marquantes. Mohamed Ben Slama ou encore Halim Karabiben sont tous passés par la maison et y ont laissé leur trace.

Pour ces futurs projets, Ymen souhaite explorer de nouveaux médiums. Outre les cours de tricot qu’elle prends actuellement, ses mains se frottent pour modeler l’argile et préparer une prochaine installation. Son expérience avec la sculpture ne date d’ailleurs pas d’hier. Son expression est le fruit d’un va-et-vient permanent entre la peinture et la sculpture; une alternance garante de ressourcement pour sa créativité.

 

Hela Ammous, allégorie du fragment

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Derrière sa nature calme et son sourire serein, Hela cache un fort caractère, que trahit l’esthétique de ses œuvres. Artiste engagée, usant de divers supports, Hela saisit des moments de vie présents et à invite à travers ses oeuvres à en faire une lecture critique.

À tout juste 13 ans, le don de la jeune Hela pour la peinture est en plein épanouissement. D’ateliers en ateliers, elle finit par se consacrer à sa passion et rejoint les beaux-arts de Tunis. Durant son cursus, elle s’intéresse à « l’actualité de la guerre du golfe en art contemporain » avant de mener une thèse sur « le quotidien et le fragment comme support de création artistique ». Des bancs étudiants au pupitre professoral, elle enseigne à présent l’expression plastique et le dessin à l’unique école d’architecture du pays, celle de Sidi Bou Saïd.

Hella Ammous © Mehdi Drissi

Hela Ammous © Mehdi Drissi

Le quotidien : un point de départ

Sa recherche du détail et ses hautes exigences lui valent une réputation de professeur de fer, mais c’est cette recherche de la finesse dans la création qui lui permet d’évoluer vers un rendu esthétique épuré et pourtant chargé de sens.

Des éléments de son environnement proche, Hela puise ses inspirations.

Elle utilise des éléments ordinaires de son quotidien et réussit par un acte de sublimation à leur donner une nouvelle lecture. Son approche pleine de sensibilité confère de la pureté aux objets confectionnés.

Doté d’une grande qualité plastique, son travail résume de manière abstraite des bribes de la vie tunisienne. Qu’il s’agisse de dessin contemporain, de photos zoomant sur des textures, d’autres éléments graphiques ou d’installations monumentales, Hela reste fidèle à sa démarche réflexive et s’éloigne des attentes picturales en matière de « traitement de la Révolution ».

Sa forte conscience politique l’a amené à présenter des travaux critiques et contestataires bien avant les évènements de 2011. Son installation au titre expressif « la vie est ailleurs » a fait l’objet d’une censure. L’oeuvre représentait des fleurs (réelles) suspendues par des matières rigides comme du fer au dessus d’un vase plein d’eau. Vues d’en face, les fleurs qui surplombaient le récipient semblaient tirer leur éclat du liquide vital contenu dans le vase, mais dès que l’on changeait de point de vue, l’on s’apercevait que la réalité était autre.

Outre le vase, d’autre objets simples interviennent dans son univers artistique et interpellent le public sur le regard communément non-porté sur le quotidien, comme un fragment de vie et pourtant un élément constitutif d’une histoire. Parfois même de celle d’un peuple…

La création : un outil politique

Hela a fait ses premiers pas dans la peinture à l’huile et confirme son attachement indélébile à cette discipline qui lui procure un sentiment d’envol. Les idées qu’elle développe lui viennent d’ailleurs, au moment même où elle actionne son pinceau.

Lors de la Révolution, sa volonté d’interagir avec la société se fait plus tenace. En prenant part aux manifestations et aux sit-in, la question de l’apport de l’artiste à la situation vacillante du pays la taraude . C’est alors qu’elle s’engage dans la réalisation d’installations et use de l’art et du beau pour agiter les consciences et exprimer son espérance.

Lassée de voir les vernissages de ses expositions personnelles fréquentés par les mêmes catégories socio-culturelles, elle s’implique dans divers projets pour insérer ses créations dans l’espace public.

Dans le cadre des activités de l’association 24h d’art contemporain, Hela présente son installation mobile « ballet ». Les deux journées de la manifestation « bye bye bakchich système » ont été placées sous le thème de la « lutte contre la corruption » dans les rues de la ville natale de Ben Ali, Sousse.

Une véritable œuvre polysémique qui ne manquera pas d’attirer la curiosité des nombreuses personnes. Sa taille imposante (6m/3) et la chorégraphie menée par les 216 balais suspendus forçait l’arrêt des passants. Ils profitaient du spectacle qu’offrait l’installation : un mouvement de montées et de descentes de ces 216 ustensiles, censés balayer la corruption sans jamais toucher le sol.

La forme de l’installation, le nombre de balais et l’enchevêtrement des fils, n’était pas sans rappeler le théâtre de la constituante tunisienne.

Ballet © Hella Ammous

Ballet © Hela Ammous

Face au succès de cette première partie, Hela met en place un « Balai citoyen » pour renforcer l’implication d’intervenants tiers dans le processus créatif. En les invitant à rédiger un message qu’ils souhaiteraient communiquer aux dirigeants, l’artiste incite à la réflexion un public pas toujours ouvert au débat.

Interrogeant la réalité, le vécu et le social, son œuvre reste éminemment politique et continue de questionner, de proposer des pistes… Sans se figer, elle laisse libre cours à l’interprétation.

Affectées par les soubresauts de l’actualité tunisienne, les créations de l’artiste sont une réponse à la succession de chocs que le quotidien amène. Quand Hela apprend à la radio l’assassinat du militant Chokri Belaid en février 2013, son malaise est imminent. « Je ne suis pas dans mon assiette », avait-elle dit à sa fille en apercevant soudainement le reflet de l’homme politique dans l’assiette qu’elle tenait entre ses mains.

Son reflex est naturel. Hela se saisit de sa palette et replace le portrait de Chokri près du creux de l’objet en porcelaine. Si l’étymologie latine du récipient « assedere » désigne le verbe « s’asseoir », Hela a rendu à l’objet son sens en tentant d’y insérer des profils qui y trouvaient un équilibre différent.

« Je ne suis pas dans mon assiette » devient une installation-mosaïque formée de 49 portraits de tunisiens de tous bords qu’on remarque différemment selon l’angle où l’on se place. L’assiette de Hela, peinant toujours à trouver son équilibre, reste quant à elle vierge de représentation.

« Je ne suis pas dans mon assiette » © Hella Ammous

« Je ne suis pas dans mon assiette » © Hela Ammous

Mounir Gouri, de fils et de barbelés

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Lorsqu’il quitta les bancs de l’école, Mounir ne s’imaginait pas percer, quelques années après, dans un monde artistique qui lui était complétement inconnu jusqu’alors. Créant un univers pictural authentique, ses personnages sont le fruit d’un fort vécu.

Dans son quartier natal d’Annaba, rares sont ceux qui ont une modeste culture artistique. Cela ne l’empêchera pas de manier le crayon et de vivre de dessins et de couleurs fraîches. Après une période de désorientation, il se rappellera des paroles d’un ancien professeur qui lui avait recommandé de se rendre aux Beaux-arts. Interpellé par le terme, il se renseigne a posteriori et finit par réussir le concours de l’école régionale.

Lorsqu’il intègre l’Ecole nationale, à Annaba, en 2006, Mounir se spécialise en arts visuels. Il se sent d’abord frustré de ne pas pouvoir partager sa passion avec son entourage, mais finit par se libérer de son sentiment d’oppression pour le convertir en terreau d’inspiration.

Mounir Gouri © Mehdi Drissi

Mounir Gouri © Mehdi Drissi

Il avoue être tout ouïe à la réflexion de jeunes algériens, qui habitent dans la même banlieue que lui, afin de partager leurs émotions et de s’imprégner de leur effervescence et force cachée.

Selon Mounir, il y a beaucoup de choses à dire lorsqu’on vient d’un quartier. Mais le manque de moyen d’expression rend ce vivier improductif.
Maniant papier et crayon, d’un trait fin et fort, il convertira les forces qui le démangent en illustrations frappantes. Grâce aux médias et nouveaux réseaux sociaux, le travail de Mounir a pu se faire connaître au-delà des frontières.

Dans sa démarche, il dit vouloir chercher la différence. Il s’éloigne de la peinture académique pour s’intéresser au dessin contemporain. Muni de matériaux simples et d’un ordinateur, sa pratique n’en demeure pas moins exigeante et capable d’agiter les natures d’habitude indifférentes. Mounir, dont le travail relate souvent des faits et constatations inspirés de son réel, produit des séries de dessin qui intriguent.

D’une simple touche à l’aquarelle, son pouce forme les contours de son premier personnage coloré « Moul 9chabiya » (L’homme à la Kachaba – habit traditionnel). Ce dernier n’arrêtait pas de le hanter depuis le jour où, en allant présenter ses condoléances à un ami qui venait de perdre son père, il croisa sur son chemin un vieux qui, surpris par les dreadlocks de Mounir, ne pouvait s’empêcher de poser sa main sur sa tête. De ce geste, le vieil homme marqua l’esprit de Mounir et ne cessa d’apparaitre dans ses songes avec à chaque fois un détail ou accessoire différent. Mounir décide alors de reproduire ses éléments insolites en images pour se dégager de ces subtiles hallucinations.

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Intitulé «  32 January », Mounir entame la série le soir d’un réveillon. Il commence son trait le 31 décembre 2013 pour le finir l’année d’après. Fils de fer qui se tordent, ses tracés forment une ronce noire qui encercle et borde sa feuille blanche, étouffant parfois son bonhomme orange. Désormais confiné à des bordures barbelées, son gaillard se débat dans des affres d’un quotidien déterminé pas toujours heureux.

Les esquisses de Mounir reflètent aussi sa curiosité pour la politique et les nouveaux médias. Aux aguets, il suit de près ce monde en mutation dont le spectacle l’inspire. Aux crayons, ses visions prennent forme et détournent d’un geste net des scènes retranscrites sur les canaux d’informations.

Son éveil le mène à remarquer des détails insoupçonnés d’événements, parfois tragiques, de l’actualité. La série « By the coptic cursers of Egypt » soulève le caractère artistique et la théâtralité dans le crime diffusée par Daech lors de l’exécution de 21 coptes sur une plage en Libye. La vue prise de haut de cette scène sordide surprend Mounir par sa symétrie et l’alignement des innocents et des tueurs derrière. Le cadrage du plan relevait pour lui des contradictions qu’il ne pouvait que reproduire en images dessinées. Ce triptyque, au cadre richement ornementé, révélait le sens organisationnel des terroristes criminels.

 

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