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Alhane (Musique)

Like Jelly and their Oshtoora

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Après quelques essais d’orientation à l’aveugle qui se soldèrent tous (étrangement) par des échecs, nous nous faisons conduire par Mohamed El Quessny et Heba El Sherif dans le tout nouveau studio de Like Jelly.

Ce jour-là, une bande de jeunes s’activent autour d’un ordinateur. Ils nous saluent furtivement avant de retourner à leur occupation, dont nous comprenons l’importance par la suite : le site du festival Oshtoora, organisé par les membres de Like Jelly, sera lancé le jour même.

Like Jelly, de paroles engagées et de musique enjouée

A l’instar de leur musique, les membres de Like Jelly sont détendus et sympathiques. Leur aventure musicale à l’ironie cinglante commence en 2005 de manière informelle, puis se professionnalise petit à petit en prenant son réel envol avant la révolution, au moment où les revendications des jeunes explosent et débordent sous toutes les formes artistiques.

Pour exprimer les maux de la société dans laquelle ils vivent, les yeux lurons de Like Jelly (Mohamed El Quessny, Mokhtar El Sayeh, Ahmed El Dahan et Youssef Atwan) utilisent une combinaison de musique et de story telling, qui résulte en une expérience musicale qui dépasse le concert.

« Au fur et à mesure, on s’est rendu compte que c’était plus un show qu’un concert. L’interaction avec le public et l’humour importent beaucoup dans nos création » lance Mohamed El Quessny, surnommé Moe.

Lorsqu’on écoute Like Jelly, on ne peut s’empêcher de sourire, tant les paroles sont sarcastiquement drôles et les tabous sociétaux subtilement balayés. Cependant, la qualité musicale est également au rendez-vous et les voix des jeunes égyptiens vibrent avec une sélection d’instruments éclectiques : guitare basse, tabla, riq, dof, xylophone et harmonica. Like Jelly n’a pas de style particulier mais on peut sentir des influences musicales diverses, qui puisent leur source dans l’héritage chaabi égyptien mais revêtent aussi des reflets rock, rap et pop.

Tout en ayant des paroles profondes et engagées – qui leur ont d’ailleurs valu quelques problèmes – les membres de Like Jelly ne se définissent pas comme en ayant des positions politiques tranchées. Ils composent et jouent de la musique pour se détendre, détendre les gens et évoquer des sujets que vit la jeunesse d’Egypte et d’ailleurs. A la question « Pourquoi Like Jelly ? », Mohamed El Quesny déclare ne plus trop savoir pourquoi et m’avoue inventer une nouvelle histoire à chaque fois. J’imagine alors leur décontraction matérialisée dans la forme lisse, pâteuse et rougeâtre de la gélatine. Cette explication me plaît à moitié, mais je suis gagnée par l’esprit relâché du groupe.

Après être passés sur l’émission du célèbre Bassem Youssef, Like jelly ont vu leur carrière musicale décoller. Bien que certaines chansons soient ancrées dans les problématiques égyptiennes, les shows musicaux du groupe ont conquis le public Jordanien, Libanais et même Espagnol.

Oshtoora festival

D’une aventure à l’autre, en avril 2015, deux membres de Like Jelly, Mohamed El Quesny et Youssef Atwan, se sont embarqués dans la singulière entreprise d’un festival pluridisciplinaire.

Rassemblant les artistes du monde arabe et d’ailleurs, dans trois disciplines, pendant trois jours: Cinéma, Arts Visuels et Musique, Oshtoora s’est offert le cadre idyllique du désert pour sa première édition.

Du Maroc à l’Irak, en passant par le Soudan, le Liban et la Palestine, les artistes d’Oshtoora ont été choisis pour leur qualité et invités dans un espace vierge à l’ambiance unique.

« On cherchait un endroit à l’abri du chaos cairote car la nature du lieu a une réelle influence sur les productions musicales » nous explique Moe.

« Jouer dans un espace aussi sublime a permis de libérer des énergies musicales qui ont provoqué une synergie que nous n’imaginions même pas. A la fin du festival, les artistes se sont livrés à une jam session collective qui n’était pas du tout prévue et le résultat était d’un niveau musical incroyable. » lance Heba El Sherif, architecte de formation et co-organisatrice du festival.

Après avoir conversé avec les deux membres de l’organisation d’Osthoora, dont les yeux s’allument à la simple évocation du mot, nous sommes invités à poursuivre la discussion à la soirée qui couronne le lancement du site.

 Heba El Sherif et Mohamed El Quessny © Mehdi Drissi

Heba El Sherif et Mohamed El Quessny © Mehdi Drissi

Au fil des discussions informelles et des projections des vidéos du palestinien Thamer Abu Ghazaleh, du marocain Mehdi Nassouli ou encore des libanaises Noel & Michelles, nous découvrons des bribes de la « Oshtoora expérience » qui donnent envie de vivre l’aventure.

Pour le choix des artistes, la volonté de l’équipe était de mettre en avant la richesse artistique de la région en promouvant des artistes connus et moins connus. La première édition du festival a permis d’interconnecter les sphères artistiques du Maghreb et du Moyen-Orient et de les faire découvrir à un public égyptien très réceptif à ce genre d’expérience interculturelle.

« Il n’y avait pas de style musical particulier, le seul maître mot était de faire connaître la scène artistique alternative ».

Que ce soit pour la musique, l’alimentation, les arts visuels ou le cinéma, Oshtoora a rassemblé des noms qui incarnent un renouveau artistique loin des sentiers battus du mainstream.

« Oshtoora ?»,  « ça ne veut rien dire en particulier, ça sonnait bien », me lance Moe, le sourire aux lèvres. J’avais presque oublié le maître mot de Like Jelly : décontraction.

Moseqar, maestro des volutes électroniques

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C’est dans le studio de Bilo Hussein, photographe égyptienne basée à New York, que Mohamed Ziena nous donne rendez vous pour son interview.
Accueillis au 4ème étage d’une belle bâtisse de Zamalek avec vue sur le Nil, nous sommes plongés dans l’univers acidulé de la jeune fille où trônent des objets design et de vieilles affiches de films.
Assis dans un canapé avec une vue plongeante sur la rivière mythique ; nous avons face à nous un personnage au style digne d’un dandy parisien : barbe hipster et petit tee shirt décoré de roses.
Ce jour là, le jeune homme est accompagné par Hussein , son ami d’enfance qui l’encourage depuis toujours à partager son inclination pour la musique avec un public plus large.
Mohamed Ziena, nom de scène : Moseqar, est un architecte de formation qui nourrit une forte passion pour la musique depuis sa tendre enfance.

En parlant de son nom de scène, Mohamed évoque cette forte appartenance à l’Egypte qu’il entretiendra durant son parcours personnel et qui trouve aussi des échos dans sa musique. Moseqar signifie « maestro » en arabe et il l’a choisi pour rendre hommage à cette identité arabe qui lui est si chère. Né au Caire, Mohamed vit une bonne partie de sa jeunesse au Canada, où sa famille s’installe pour quelques temps. Il revient ensuite au Caire et y poursuit ses études avant d’y effectuer récemment son service militaire. Depuis son enfance, Mohamed aime le dessin et les expérimentations musicales en tout genre :

« Je n’ai jamais vraiment eu de formation académique en musique. J’ai toujours joué ce qui me plaisait. A 13 ans j’ai rejoint un groupe et on faisait des concerts au lycée, on enregistrait des CD et on les distribuait aux gens. A l’époque, les réseaux sociaux n’existaient pas, donc il fallait trouver des moyens créatifs de toucher le public. »

Moseqar © Mehdi Drissi

Moseqar © Mehdi Drissi

De la passion au métier

Peu à peu, Mohamed se met en quête de son style musical et se découvre une passion pour les remix. Il n’a pas de genre privilégié pour ses choix de musiques à remixer et pioche aussi bien dans le hip hop et la house que la musique électronique et le dub step.
Dans un premier temps, ses essais musicaux le portent sur des musiques aux sonorités occidentales et il se fait remarquer d’artistes comme Zoey Phillip ou Tusk.

Au fur et à mesure qu’il partage de plus en plus de remixes, il se fait retweeter et encourager par la sphère musicale de soundcloud et est contacté par KALEAN ou Palm Therapy pour produire des mix.
Il collecte ensuite plusieurs distinctions à partir de 2011, et gagne le premier prix du « Laboratorium contest » organisé par « Egyptian producers » pour détecter les nouveaux talents musicaux de la scène égyptienne. Le vote était en effet ouvert a un public qui n’est pas resté insensible aux sonorités cristallines et subtilement enjouées de Moseqar.
Prenant confiance dans sa capacité à produire de la musique, Moseqar se dote alors d’un vrai matériel et abandonne le clavier qui lui servait d’outil principal pour créer.

Il se penche aussi de plus en plus vers des sonorités orientales et se met à tenter des mélanges aussi improbables que le dialogue musical entre The Notorious BIG et OUM KELTHOUM. A l’image de sa propre identité, à cheval entre deux rives, la conversation musicale coule de naturel et nous porte d’une phase d’apostrophes amourachées à une querelle amoureuse entre les deux titans musicaux.

A la recherche de son style perdu

Ces différents buzz musicaux conféreront à Moseqar une petite notoriété qui se concentre entre les Etats-Unis et l’Egypte. Ces deux pôles qui l’inspirent dans sa musique, ont également trouvé des échos dans le cœur du public des deux contrées. Le musicien enregistre ensuite une playlist « Moseqar X Originals » compilant dix titres de son propre cru et une autre playlists de sept titres : « Cafe Sessions ». Plus franchement orientales, ces compositions sont une échappée musicale pour l’artiste qui découvre aussi sa propre identité à travers chacune de ses expérimentations.

La playlist rassemble des titres qui véhiculent les vibrations des instruments comme si la musique émanait d’un café, avec des sonorités instrumentales décuplées et la sensation de vivre la musique en petit comité, au cœur des volutes de cafés fumants. L’une des réinterprétations les plus saisissantes est sans conteste « Someone like you d’adèle », pour laquelle Mohamed nous confie avoir eu un réel coup de foudre :
« je me souviens comme si c’était hier. J’écoutais la chanson d’Adèle et j’ai eu une étincelle, une illumination. Je me suis dit que l’essai musical serait difficile mais j’avais envie de prendre le risque. »
Et d’ajouter : « A ma grande surprise, le titre a énormément buzzé, c’est à ce moment là que j’ai commencé à être reconnu comme Moseqar. »

Dès lors, Mohamed se concentre sur l’amélioration de sa technique et produit de plus en plus de musique originale. Grâce aux réseaux sociaux, de grands noms comme Toby Lightman ou Banks se mettent alors à partager ses remix et ses compositions musicales et à en apprécier l’originalité orientale de plus en plus mure.
C’est dans ce cadre que naît chez Mohamed la volonté de créer une histoire à travers cinq titres originaux qui « t’emportent dans un tout autre univers ». Après cette période passée à écouter, marier et réinterpréter les musiques qu’il aime, Mohamed est maintenant au stade de la composition pure. Sa formation d’architecte et sa sensibilité pour les arts visuels se retrouve aussi dans l’identité visuelle qu’il crée lui-même pour accompagner sa musique. A la fois pyramidale, épurée et traversée de nuées azur, Moseqar a crée un univers qui lui ressemble. Nous repartons d’ailleurs ce jour là avec deux posters d’Oum Kalthoum et Abdelhalim customisés par ses soins.
Le jeune homme nous confie se sentir très redevable aux réseaux sociaux et à soundcloud en particulier de lui avoir permis de partager sa musique et de se nourrir de celle des autres.

Créations Moseqar © Mehdi Drissi

Créations Moseqar © Mehdi Drissi

Du virtuel au réel

Moseqar a récemment participé à Cloud 9, festival de musique électronique underground organisé à Nuweiba au Sinaï et qui a réuni des grands noms de la région MENA comme Abdullah Youssef, Telepoetic, Za’ed Na’es, Nada El Shazly ou Maii Waleed. Le jeune artiste a également mixé à l’occasion d’une performance improvisée dans un vieux café à Dahab. Actuellement, Mohamed prévoit une série de concerts à l’ambiance intimiste pour réaliser sa transition du virtuel au réel en douceur. Le premier de la série a eu lieu le 7 novembre au Balcon Helopolis et l’engouement du public était de bonne augure pour la suite de la carrière du musicien.

Mizrap, le mariage musical tuniso–turc

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L’une de nos premières rencontres en Tunisie est placée sous le signe de la musique. Nous faisons en effet la connaissance de la bande à Ahmet Baglama et son groupe Mizrap le jour même de l’enregistrement de leur premier single « Slave of Wishes ». Plongés dans une ambiance où la tabla turque épouse les rythmes tunisiens, nous découvrons l’univers musical éclectique de Mizrap, au détour d’une conversation sur les mélanges entre les cultures en Tunisie et ailleurs.

Lancé sur le sujet, Ahmet, le chanteur et fondateur de Mizrap, s’exalte avec émotion :

« La culture turque est un héritage qui fait partie intégrante de la Tunisie, qui a été oublié avec la colonisation française »

« Les turcs sont restés plus de quatre siècles en Tunisie et ont apporté plein de choses qui s’expriment subtilement  dans la musique, la langue ou la cuisine. Des sefsaris en soie dans l’habillement à la halwa, la Baklawa et le Bachkoutou dans l’art culinaire ou encore le « Amane » soupirant de supplication dans les conversations ; les influences turques se ressentent dans le quotidien des tunisiens, sans même qu’ils ne s’en rendent toujours compte. »

Mais ce qui intéresse tout particulièrement Ahmet, c’est la traduction musicale de ce legs.

« Il y a un accent particulier dans la musique tunisienne qui vient justement de la technicité turque. On le retrouve par exemple dans les traditions musicales des mariages qui consacrent le becheref, la lunga et le samaï »

Et d’ajouter, « l’esprit turc parle directement au cœur, c’est pour cette raison que j’ai voulu sortir cette lunga traditionnelle qui est présente dans notre culture et l’amener vers du jazz et d’autres sonorités du monde pour faire connaître sa splendeur. »

De Tunis à Istanbul, puis d’Istanbul à Tunis

Après avoir grandi à Tunis entre deux cultures, Ahmet Baglama s’en va nourrir en Turquie la passion pour la musique qui le hante depuis tout petit.

Là-bas, il étudiera la musicothérapie à la Istanbul Technical University dans la perspective d’utiliser les instruments traditionnels turcs comme le baglama ou la tabla pour apaiser les âmes. Curieux et discipliné dans sa pratique musicale, Ahmet maitrisera très vite les instruments turcs et ira même puiser dans le patrimoine indien pour compléter son apprentissage. Accompagné et conseillé par la célèbre Anoushka Shankar, Ahmet se formera à la cithare indienne et ses multiples autres expériences lui donneront envie de se réapproprier cet immense héritage et de le transmettre aux nouvelles générations.

Après son diplôme, il y a trois ans, Ahmet rentre à Tunis avec la volonté de monter un groupe qui puisse donner corps à cette fusion musicale qui lui était chère. Malgré les quelques difficultés que le jeune homme rencontre pour son projet, Ahmet finit par réaliser ses objectifs en fondant Mizrap.

Mizrap, la genèse d’une fusion culturelle

En turc, le Mizrab (مظراب en arabe) est une petite pièce souvent utilisée pour frapper les cordes de la sitar. Mizrap nait donc d’un jeu de mots à partir du terme, illustrant la volonté d’accorder les esprits sur la nouveauté et la richesse du patrimoine culturel en les détournant de ce qu’Ahmet désigne « d’esprit Rotana, vide de sens et de musicalité ».

Amani et Atef en studio © Mehdi Drissi

Amani et Atef en studio © Mehdi Drissi

Lorsqu’on écoute la nouvelle composition du groupe, on y retrouve un souffle particulier, à mi-chemin entre Orient et Occident. Mizrap marie, en effet, des rythmes occidentaux funk avec instruments indiens, turcs et tunisiens. On a donc affaire à un mille feuille de sonorités : des rythmes occidentaux dans l’accès de la batterie et le groove du bassiste, une touche spirituelle avec le gambri et les influences gnawa et stambali et, enfin, une touche classique avec le piano et les chants lyriques baroques qui se superposent au tout.

C’est donc autour de cet éclectisme musical que se construit le groupe. Ce jour-là, nous sommes présentés à l’équipe au complet. Dans Mizrap, il y a Atef Bey, chanteur d’opéra baryton, Amani Bentara chanteuse d’opéra soprano, Ziad Lakoud à la guitare basse, Lotfi Soua aux percussions, Wajed Belahssan à la batterie, Tuyoka Azayès pianiste japonaise et Ahmet Baglama.

© Mehdi Drissi

© Mehdi Drissi

Présentations faites, nous découvrons le single en plein enregistrement qui vient charmer nos oreilles curieuses du résultat d’une fusion des quatre coins du monde. Sur un tapis de musiques aux multiples influences, Amani et Atef entonnent un chant lyrique qui mélange opéra et « Zaghrouta » (désignation tunisienne du youyou). La fusion instrumentale fait écho au mélange des paroles et le tout se trouve sublimé par un texte d’une rare poésie.

« أمي شتهاتني و بابا حبل بيا, طاوس رباتني في نخلا علالية يغر بيك ولد السلطان كيف ما غر بيا »

C’est l’histoire d’un homme qui a mangé une pomme et se retrouve à porter un enfant qu’un paon élèvera ensuite dans un grand palmier. Le message que Mizrap délivre à travers ces paroles reste subtile et se lit entre les lignes. Derrière la déconstruction des codes des genres et de l’éducation que suggère le poème, se cache, tapi, un message multinational, qui veut briser les frontières entre les cultures et les pays.

Aujourd’hui, Mizrap nous confie arriver plus facilement à mettre l’influence turque au goût du jour, grâce aux séries télévisées qui circulent et rendent la culture plus facilement identifiable par les populations. Le défi se situe néanmoins au niveau de l’élévation de cet héritage qu’on partage dans des domaines plus riches comme la musique ou le chant. Plein de projets et d’enthousiasme, le groupe nous réserve moult surprises et découvertes musicales ainsi qu’un vidéo clip du single « Slave of Wishes » prévu pour l’année prochaine.

El Foukr R’Assembly – l’Algérie , cette africaine

By | Alhane (Musique), Non classé, RihlaBlog_, Tour | No Comments

Nous avons rencontré les membres d’El Foukr R’Assembly lors de notre étape à Constantine, « ville des aigles » dont l’histoire remonte à l’antiquité, cité de ponts reliant des quartiers édifiés à flancs de falaises verdoyantes, ville aux rues escarpées entre de tristes bâtiments coloniaux. El Foukr R’Assembly est un groupe de quatre musiciens et un journaliste voulant tisser des liens entre l’Algérie et l’Afrique subsaharienne à travers la musique et l’image. El Foukr s’est rendu cette année en Ghana. Oualid Khelifi, Amine Lehchili et Labib Benslama, tous les trois de Constantine, nous racontent leurs inspirations, leurs projets et leur vision de l’Afrique.

Naissance d’un projet culturel panafricain

El Foukr est l’histoire de trois musiciens algériens, deux de Constantine et un de Béchar, partis l’année passée pour Djanet, avec un journaliste documentariste de Constantine. Là-bas, ils rencontrent un musicien algéro-nigerien, mi-touareg, mi-houassa, avec qui ils enregistrent six titres et un documentaire. Ce projet visant à relier l’Algérie au reste de l’Afrique est un succès, ils remontent avec un album gorgé de musiques soufi, raï, électro, houassa, targui et une expérience humaine unique avec des touaregs. Après cette aventure ayant eu lieu en 2014, El Foukr s’est retrouvé cette année au Ghana pour une cession qui a donné lieu à de nouveaux échanges musicaux, concerts et documentaire produits de manière entièrement indépendante.

Oualid explique s’être lancé en raison de sa frustration de voir l’Afrique subsaharienne délaissée économiquement et artistiquement par les maghrébins, en plus du racisme et de la xénophobie qui sévissent dans le pays à l’égard des noirs africains. Il est convaincu que le Maghreb est touché par ce qui se passe dans le reste de l’Afrique, comme au Mali ou au Nigéria, mais que les diplomates et les intellectuels n’en sont pas conscients. Il souhaite que les africains saisissent l’occasion, qui ne s’était pas présentée dans le passé, de raconter eux-mêmes leur histoire. «  En Côte d’Ivoire, il y a des gens qui nous considèrent comme des extrémistes, et ici on les considère comme des sauvages. » dit-il pour résumer certains points du vue caricaturaux. On comprend qu’il souhaite briser l’image négative des subsahariens en Algérie. De plus, il nous explique avoir eu une grosse couverture médiatique à travers le monde, mais que les médias algériens ont été les derniers à s’intéresser au projet. Parlant d’El Foukr il déclare : « On ne fait pas de discours, on produit. Écoutez, regardez. »

Tourner le regard du nord vers le sud

La démarche de ‘’résistance culturelle’’ d’El Foukr s’inscrit dans une approche engagée vis-à-vis de l’histoire et de l’état actuel des relations entre africains. « On a cru que l’Occident était le modèle qui allait améliorer notre mode de vie. Mais il y a des aspects anthropologiques et musicaux qui n’ont pas pu changer. » Oualid explique retrouver des pratiques animistes communes enfouies dans les coutumes des nord-africains comme des ouest-africains, tels que le grigri et certaines superstitions, qui resurgissent fréquemment malgré les identités monothéistes majoritaires dans leurs pays.

© Oualid Khelifi

© Oualid Khelifi

Au contraire, il considère que l’identité arabe du Maghreb n’est pas tant enracinée dans l’histoire mais plutôt instrumentalisée par des influences du Moyen-Orient. « On est arabes, maghrébins, africains, nord africains, méditerranéens. La dimension dont on parle le moins et dont on a peur est la dimension africaine. » ajoute-t-il.  Selon Oualid, le Maghreb a été associé aux arabes par les européens en partie parce que « c’était fashion à l’époque de l’orientalisme ». Il ajoute que pour comprendre cette notion ‘’arabe’’, complexe et multidimensionnelle, il faut parler des questions linguistiques. Amine rappelle les forts liens linguistiques de la darija avec le reste du monde arabe puisque les algériens utilisent au quotidien certains mots compréhensibles dans tous les pays arabophones.

Actuellement, El Foukr est en train de mixer son second album et de préparer sa tournée, toujours avec l’esprit d’élargir les conceptions africaines à travers la musique et les images. Cette année, c’est donc une rencontre ghanéo-algérienne qui est à l’origine de l’album à venir.

Imarhan et Djaafar Koudia : Rencontres touaregs

By | Achkal (Arts visuels), Alhane (Musique), Non classé, RihlaBlog_, Tour | No Comments

Durant notre séjour algérois, nous avons rencontré chez Mehdi Hachid des visiteurs du grand Sud : le groupe Imarhan, de Tamanrasset et le photographe Djaafar Koudia, de Djanet. Avec cette rencontre touareg, c’est une toute autre facette de l’Algérie qui se présente, aride, subtile et envoûtante.

Imarhan: un souffle du Sahara

Les touaregs que nous avons rencontrés étaient calmes et discrets en notre présence, comme si leur tempérament reflétait une temporalité et une expression propre aux gens du sud. Quand ils saisirent les guitares ce soir-là, une atmosphère nouvelle envahit la pièce, il nous sembla que le désert nous rejoignait pour quelques instants.

 

Imarhan © Mehdi Drissi

Imarhan © Mehdi Drissi

La musique, lente et rythmée comme le pas du chameau, berçait les spectateurs fascinés et les chants en langue tamasheq s’ajoutaient par moments à la musique lancinante, comme des invocations en choeur. Lorsque l’on apporta une derbouka au percussionniste qui utilisait son siège pour ce concert improvisé, son visage exprima surprise et amusement car son instrument n’est pas du tout la darbouka, c’est le djembé. En effet, Imarhan, avant d’être un groupe du sud de l’Algérie, est un groupe de touaregs, qui peuplent le Sahara et ne connaissent pas  de frontières entre Algérie, Lybie, Niger, Mali… Néanmoins, la musique de ces jeunes musiciens n’est pas une musique traditionnelle. Depuis le Sahara, ils puisent dans leurs racines mais leur instrument principal est la guitare et, parmi leurs références musicales, on trouve beaucoup de blues et de jazz.

Durant de longs moments, nous voyageons avec leurs rythmes et leurs mélodies dans un autre espace-temps, captivés par cette rencontre aux antipodes de la culture algéroise. Imarhan, qui signifie en langue touareg « ceux dont je prends soin », crée une alchimie musicale, une sorte de blues touarègue aux rythmes panafricains.

 

Djaafar Koudia: un regard touareg sur le Sahara

La rencontre n’est pas uniquement musicale. Avec nous pour écouter Imarhan, le photographe Djaafar Koudia est remonté de Djanet, à l’extrême sud du pays et nous montre ses photographies : paysages plats de dunes ou vallonnés de roches désertiques, touaregs dans l’immensité de l’espace horizontal, dromadaires, couleurs gorgées de lumière. Depuis sa petite enfance, son souhait est d’apprendre la photographie.

« J’ai grandi en regardant les albums de mon père puis je me suis initié seul à la photographie. »

Par la suite, il a pu apprendre de différents photographes rencontrés jusqu’aujourd’hui. Son but est de partager et promouvoir la culture et l’art de la photographie dans le Sahara et de montrer la beauté subtile de cette vaste étendue qu’est le désert. Ses photographies présentent un autre visage de l’Algérie, fondamentalement différent des régions du nord. Djaafar est actuellement à Alger pour une série sur la capitale où l’organisation de l’espace et ses édifices verticaux sont si différents de Djanet.

Dans les reportages proposant des images de contrées éloignées, on a souvent affaire à des photoreporters occidentaux qui ont alors un regard extérieur sur les lieux photographiés. A l’inverse, Djaafar propose une vision authentique de cette région puisque c’est son propre lieu de vie qu’il photographie.

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