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Oumayma Ajarrai

[RIHLA 2.0 : RÉCIT CROISÉ] – EGYPTE – JOUR 21

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 16h30 – Korba

Heliopolis est un quartier où il fait bon vivre. On séjourne à quelques pas du palais présidentiel Kasr Al Ittihadiya قصر الاتحادية, ancien palace transformé en palais présidentiel. Au vue de la sécurité qui règne dans la région, nous n’arrivons pas à imaginer que ce même passage qu’on traverse au quotidien pour rejoindre la rue Baghdad a aussi été le théâtre d’affrontements entre des manifestants anti-Morsi et les forces de l’ordre. Passons. Je ne m’attarderai pas sur les faits politiques qui ont secoué les rues cairotes et qui continuent d’agiter l’esprit de ses populations, même si rares sont les conversations sincères qui font l’impasse sur les épisodes troublants qui ont rythmés la vie égyptienne ces dernières années.

Distinguées et animées, les rues d’Heliopolis pullulent de magasins, cafés et restaurants en tout genre et font le plaisir des consommateurs. La nuit, l’Egypte ne dort pas. Ses lumières artificielles ne s’éteignent que quand les lueurs naturelles apparaissent et que le soleil pointe. A peine, nous réussissons à dormir après l’excursion prenante de la journée, qu’une voix de femme stridente nous réveille. Sonnée, je marche machinalement telle une somnambule vers la fenêtre. Notre chambre, avec Hajar, donne sur la cour d’une école pour filles qui, avant de rejoindre leur salle de classe répondent à un rituel stricte. Chaque matin, un groupe d’écolières est choisi pour présenter un talent particulier : récital de poésie, lecture coranique, charades… tout se fredonnait sur un air scolaire monotone.

La chef d’orchestre, responsable de l’animation des passages et d’appliquer l’ordre et le silence dans les rangs de ce groupe de jeunes filles pré-pubères , répondait à un archétype particulier. Celui de la prof de sport que l’on ne voit jamais descendre au terrain. Celle qui est bonne à donner des ordres et dont la menace du  regard ainsi que le ton de la voix suffisent pour motiver des inaptes à participer au triathlon. J’enfonce mes boules Quies et en une fraction de seconde, j’ose croire le calvaire fini quand soudain une musique plus forte retentit des baffles installées aux quatre coins de la cour. C’est le temps de chanter en chœur l’hymne national. Nous n’avons plus besoin de programmer différentes alarmes pour être sûres d’être debout, durant notre séjour cairote, la troupe philharmonique du quartier nous réveille en fanfare :

Toute ambition de jouir d’une grasse matinée étant évaporée, nous profitons des matinées pour écrire ou flâner dans le voisinage. La grande majorité de nos rendez-vous nous proposait des rencontres assez tardives et nous finissons par adopter le rythme égyptien. Pour aller savourer un café turc à la bibliothèque Diwan, j’ai pu traverser la longue avenue de la Ourouba. Allée infinie qui se divise en trois parties et change de noms en fonction du quartier qu’elle coupe. Je marche une bonne dizaine de minutes après avoir dépassé le palais du Baron Empain, et découvre les demeures somptueuses qui se succèdent sur mon passage avant de rejoindre le concept-store. Partout dans les grandes villes, certaines maisons d’édition possèdent des bibliothèques avec des espaces dédiés à un service de restauration et y organisent parfois des événements.

Cette partie de la ville est aussi connue pour être Masr Al Gadida, ou le nouveau Caire. Verte et paisible, elle résumait un art de vivre typiquement chic qui régnaient des années 40 aux années 60 dans l’Egypte d’autrefois. Les anciens habitants du quartier sont tous nostalgiques de l’élégance des passants, des dimanches matin à l’hippodrome ou encore du métro aérien et de ses musiciens. Une ambiance détendue assez particulière dont on ressent les effluves encore aujourd’hui et que résume si bien le jeune réalisateur Ahmed Abdalla dans son film Heliopolis:

[RIHLA 2.0 : RÉCIT CROISÉ] – Jour 19 Tunisie

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21h00 La Marsa – Banlieue nord de Tunis

Notre horloge biologique déréglée et la ponctuation intensive de nos journées par mille et un rendez-vous, nous font oublier le sens du terme week-end ou de vacances. (Notre horloge biologique déréglée et nos journées intensives, ponctuées de mille et un rendez-vous, nous font oublier le sens des mots « week-end » ou « vacances ».) Au fil des jours, nous apprenons à nous connaître dans cette espèce de collocation mobile qui tente de se trouver de nouveaux repères au bout de chaque quinzaine de jours (Au fil des jours, nous apprenons à nous connaître dans cette espèce de collocation mobile dont les repères se renouvellent chaque quinzaine de jours) . Être sur la route nous apprend aussi à nous détacher. Nous vivons des moments vrais et sincères en compagnie de nos guides du moment, qui nous aiguillent et que nous finissons par adopter dans l’équipe le temps de notre séjour dans leur pays. Des amitiés éclosent et avant l’épuisement de leur nectar, notre saison d’émigration survient et nous nous envolons butiner dans un champ voisin.

 

Le rétroplanning soigneusement mis au point avant notre départ se voit parfois modifié pour être à l’écoute des nouvelles propositions que l’on nous suggère. Ce dimanche là, nous interrompons notre petite retraite à Hammamet pour assister à la première exposition personnelle de Rand El Haj Hasan.

La jeune jordanienne d’origine palestinienne que nous avons croisée à la Maison de la plage était en résidence de création depuis un mois à Tunis. Architecte de formation et dessinatrice par passion, elle s’est laissée séduire par le charme apaisant du quartier de la Marsa pour tracer, au quotidien, un journal de bord authentique. Ce soir dominical, elle nous a donné rendez-vous au café culturel de l’Agora pour se dévoiler lors d’un vernissage solennel.

© Mehdi Drissi

© Mehdi Drissi

Le trajet depuis Hammamet jusqu’au centre de l’ancien faubourg punique nous prend un peu de temps. Nous descendons du taxi en pressant le pas, tout en humant l’odeur mielleuse, mais pour le moins toxique, des narguilés aux pommes dont sont remplies toutes les terrasses de cafés que nous croisons sur notre passage.

Au croisement des chemins de cette ville aux allures chics, entre des villas drapées de chaux blanches et chaussées de portails en bleu ocre, l’Agora a élu domicile. Haut lieu de culture et de proximité, il propose différentes activités. Colloques, signatures de livres et conférences animent ses différents espaces. Tel un véritable théâtre vivant, on y rencontre des habitués du café littéraire, des cinéphiles à la salle de projection et des esthètes à l’espace d’expositions. Ce dernier accueille Ayaam ايام, l’exposition de Rand El Haj Hasan jusqu’au 9 novembre.

© Mehdi Drissi

© Mehdi Drissi

Ayaam, ou les dessins du quotidien, est une ouverture sur le monde tel qu’imaginé par Rand. Un petit aperçu de ses expériences journalières qu’elle sublime d’un trait subtil et précis. 365 illustrations, de petits et grands formats, au nombre et au gré des journées écoulées lors de cette dernière année. Son encre noire marque sans couler de trop, créant à son passage une voltige aérienne qui envoûte l’œil. Des cadres qui regorgent de finesse et de poésie que l’on a eu plaisir à découvrir.

La discussion qui s’en suit avec la jeune artiste nous fait voyager jusqu’à Amman, la cité rose-rouge au coeur artistique battant. Amman, que l’on fantasme en fredonnant des airs de Fairouz, est que Rand nous décrit « vibrante et favorable à la rêverie ». En se gardant d’attirer une armada de pèlerins étrangers, la capitale du royaume hachémite conserverait une belle âme. Une conversation brève mais qui n’a pas manqué de nous donner une forte envie d’y aller…